Tristesse au paradis

Tristesse au paradis !
Le ton est donné, ne vous attendez pas à lire une belle comédie romantique. Que nenni ! Mélancolie, chagrin et regrets dans un cadre enchanteur, tel est le cocktail auquel on s’attend d’entrée de jeu à la découverte de la couverture. Si les premières gorgées de ce breuvage peu avenant ne nous prennent pas en traître, très vite des sauveurs plus douces, plus suaves donc plus agréables chassent de notre visage, la grimace causée par l’amertume.
Voyez comme je me surprends à faire des pirouettes lyriques, tel est l’effet de la gracieuse plume de Grâce…

Qui m’a connu ? Rires.
Trêve de badinage, de quoi parle ce roman de 262 pages ?

Cyrielle, 14 ans, benjamine d’une fratrie de trois enfants depuis le décès de son petit frère quelques années plus tôt. L’adolescente vit une vie plutôt ordinaire entre sa famille, son quatuor d’amie du lycée et son « soupirant » titulaire G.F (Ne cherchez pas les prénoms qui se cachent derrière ces initials, ce que les parents de ce jeune homme ont fait est totalement inhumain) qu’elle ne cesse de rabrouer car elle ne ressent pas pour lui cet amour dévorant, consumant de l’intérieur voir dévastateur qu’elle a découvert dans les romans à l’eau de rose qu’elle avait prit l’habitude de lire. Malgré les dires de ses copines, elle y croyait dur comme fer, cet amour existait, elle attendrait le temps qu’il faudrait, mais elle le connaîtrait.

Le temps passant, elle commençait à déchanter quand un jour, au hasard d’une réunion organisée par son frère au domicile familial, elle le rencontra, enfin. Une tête ronde, des yeux vifs, et une bouche charnue, Wilfried, ce sosie de Samuel Eto, ne manqua pas de bouleverser la belle Cyrielle. Les sentiments, foudroyants, semblent être réciproques. Mais il y a un hic. Wilfried, ami au frère aîné de Cyrielle, a 26 ans. Une idyllique entre les deux ferait scandale. Soit, ils décident de la vivre en secret. Ils ont tellement de points communs, à commencer par la musique, Billie Holiday, du jazz des années 30. Mais aussi, la littérature : Stendhal, Verlaine et Senghor alimentent des heures de discussions passionnées. Il l’aime pour sa pureté d’esprit, elle est différente de toutes ces femmes frivoles et matérialistes qui courent les rues d’Abidjan. Elle le trouve si beau et mature, à ses côtés elle en apprend tellement. C’est une évidence, leur rencontre était écrite quelque part là-haut, dans les cieux. Ces âmes sœurs s’étaient enfin trouvées. Alors, si le couple était obligé de se cacher pour ne point gâcher une histoire aussi pure et unique que la leur, il le ferait. Mais bientôt, les premiers soupçons naissent. Wilfried est si secret parfois et possède une telle maîtrise de lui en toute circonstance que c’en est totalement déroutant et suspect. Qui est-il en réalité ?

Moi qui aime être surprise, je n’ai pas du tout été déçue.
Le scénario est tout ce qu’il a de plus imprévisible et les rebondissements… oh là là ! J’ai été baladée comme la petite ado innocente qu’est Cyrielle.
Je m’attendais à ce que Wilfried soit un baratineur de première qui voulait se faire une minette, et en fait non, c’est un homme au charme discret qui se veut sincère. Marié et père d’une famille cachée ? Non plus. Quand je pensais l’avoir coincé en découvrant qu’il avait une petite amie, il n’en fut rien. Tout allait bien, il était clean. Je baissai la garde et me pris à vivre par procuration un amour si beau et si sincère qu’il résistait à l’épreuve du temps et de la distance. L’histoire était belle, très belle, trop belle… pour être vraie. Mais croyez moi, vous êtes à mille lieues d’imaginer le dénouement de cet imbroglio.
*** Attention, âmes sensibles s’abstenir ! ***
Mesdames si, suite à des déceptions, vous ne croyez plus en l’amour et n’avez plus aucune confiance en la gente masculine, ne lisez pas cette histoire !
(Sauf si vous tenez vraiment à vous auto-flageller et conforter la piètre opinion que vous avez déjà du sexe opposé.)
L’histoire se déroule entre Abidjan et Paris. Si cette dernière ville m’est plutôt familière, la première en revanche m’est totalement inconnue et la simple évocation des endroits où évoluent les personnages ne m’a pas permis de me rendre compte de l’atmosphère qui règne en ces lieux. Il m’a manqué des descriptions pour visualiser les scènes. Mais au-delà de cet aspect « technique », ce qui m’a gêné dans ce livre c’est la part bien trop grande (à mon goût) donnée aux lamentations de Cyrielle. D’ailleurs, même ses amis ne la supportaient plus.
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Si le message que souhaitait faire passer l’auteur était: « Méfiez-vous des hommes, ce sont des vendeurs d’illusions ! », c’est réussi. La lumière au bout du tunnel est à peine perceptible, que c’est déjà la fin. Comme si on n’y croyait pas vraiment et qu’on avait voulu donner un semblant de fin heureuse pour contenter le lecteur.

Impression final, ce cocktail doux-amer était plutôt agréable en dépit de l’absence de quelques épices, certainement pour le rendre accessible à un public jeune, principale cible à mon sens. Toutes les adolescentes un peu trop pressées de vivre comme des grandes devraient lire ce roman.
Il y aurait encore tant à dire mais je n’ai pas envie de prendre le risque de gâcher votre plaisir et vous laisse le soin de découvrir et recommander cette belle oeuvre de Grâce Minlibé.

Disponible dès aujourd’hui dans toutes les Librairie de France en Côte d’Ivoire.
Sur Amazon d’ici la fin de ce premier trimestre 2018.

Attachez vos ceintures, destination 7ème ciel !

13 janvier 2018